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« APPARITION DIVINE » : UNE OBOLE DE L’ABBAYE DE TOURNUS

(type à la croix latine et à la tête de Saint Valerian cantonnées de quatre besants)

Par Oleg

Historique de l’atelier monétaire de l’Abbaye de Tournus :

Si le premier monastère royal fût implanté à Tournus, au VIème siècle, par le roi de Bourgogne Gontran, sur le site même du sanctuaire dévoué à Saint Valerian, qui fût décapité là en l’an 179, la communauté monastique obtint pour la première fois, le privilège de battre monnaie, après que l’abbé Blitgaire en ait fait la demande en 889 auprès du roi Eudes (887-898). Privilège confirmé par les régnants suivants, de façon récurrente jusqu’à Henri Ier (1040-1060), qui permettra à cette enceinte religieuse de commettre plusieurs types monétaires, dont les plus anciens, portent la légende «  CAPVT REGIS »*, ne sont pas antérieurs à la construction de l’Abbaye, débutée en 960, sous le règne de Lothaire (954-986).

Mais si les deniers et oboles frappés à Tournus, avant la première moitié du XIème siècle, sont étrangers à la plupart d’entre nous, du fait de leur rareté insigne, les collectionneurs de monnaies anciennes connaissent tous, sans forcément en posséder un exemplaire, l’existence des deniers de l’Abbaye, au nom de Saint Valerian, frappés du XIIème au XIIIème siècle.

Ils ont été décrits, à maintes reprises, dans les ouvrages traitants des monnaies médiévales, féodales ou autres seigneuriales au XIXème siècle, par différents auteurs savants.

Ces monnaies existent en différents types et variantes parfaitement distincts par des caractéristiques immanquables, tant au niveau de leur présentation graphique, qu’au niveau des diverses orthographes de leurs légendes.

Le plus répandu, dont l’illustration ci-dessous est tiré de l’œuvre de M. Poey-d’Avant, et pour lequel j’ai déjà recensé plus de trente exemplaires passés en vente sur les dix dernières années, est du style le plus « dépouillé ». A l’avers il présente une tête (et non un portrait) stylisé, avec une ébauche de cou, symbolisant Saint Valerian tourné à droite dans un grènetis, avec pour légende circulaire : +SCSVALERIAN, et au revers une croix latine dans un grènetis avec pour légende circulaire : +TORNVCIOCAST.

Illustration tirée de l'ouvrage de M Poey-d'Avant

Illustration tirée de l’ouvrage de M Poey-d’Avant

Cette variante du début du XIIème siècle, n’est que la suite et fin d’un type plus ancien, daté par Poey-d’Avant, de la fin du Xème siècle, qui en plus des caractéristiques précitées, arbore également quatre besants placés en carré sur le grènetis autour de la tête à l’avers, et également, dans chacun des cantons de la croix latine, au revers.

La datation de M. Poey-d’Avant me parait erronée, il me semble plus probable que ces monnaies soient apparues après le règne de Henri Ier en 1060, soit à la fin du XIème siècle, puisque l’Abbaye a frappé d’autres types sous le mandat de ce dernier, et de ses prédécesseurs.

Il me semble fort probable, que le type aux besants, qui est beaucoup plus rare pour le denier, et encore plus pour l’obole, que le type final que je décris plus haut, et pour lequel, contrairement à M. Poey-d’Avant, je n’ai trouvé aucune trace d’obole, n’ait été frappé que sous le règne de Philippe Ier entre 1060 et 1108.

Je vous laisse apprécier le commentaire de la page 182 du tome III de l’ouvrage de M. Poey-d’Avant, quant à la rareté du monnayage de l’Abbaye de Tournus :

“Les monnaies de Tournus, avec le nom de Lothaire, sont d’une grande rareté ; celles qui portent cuput regis et l’obole au nom de Saint Valérien ne sont pas moins rares. Quant aux deniers à ce type, on les trouve plus facilement, quoiqu’ils ne soient pas tout à fait communs”

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J’ai titré cet article « Apparition Divine », pour rappeler le côté mystique du lieu où fût frappée cette petite monnaie, mais aussi parce que, rares sont les personnes qui peuvent affirmer avoir vu, ou touché, une obole de cet atelier, le « commentaire sur l’exemplaire » est sans équivoque.

Malgré de longues et studieuses recherches, je n’ai trouvé aucun cliché d’un autre exemplaire, d’un type ou l’autre d’obole de Tournus, pour les dix dernières années.

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Descriptif de l’obole au nom de Saint Valerian :

Obole au nom de Saint Valérian (Coll. Oleg)

Obole au nom de Saint Valérian (Coll. Oleg)

 

Atelier : Abbaye de Tournus

Année : après 1060 jusqu’au début du XIIème siècle
Valeur faciale: obole (= ½ denier)
Type : Saint Valerian aux besants (= globules = gros points)
Métal : billon (alliage d’argent et de cuivre)
Diamètre : 13,9 mm au plus grand
Masse : 0,39 gramme

Avers : tête sans cou stylisée de Saint Valerian, tournée à droite dans un grènetis orné de quatre besants posés en carré, avec autour une légende circulaire à 12h et un autre grènetis en guise de listel : +SCSVALERIAN (= Sanctus Valerianus = Saint Valerian) -> en gris : les caractères manquants de la partie cassée

Revers : croix latine cantonnée de quatre besants dans un grènetis, avec autour une légende circulaire à 9h, et un autre grènetis en guise de listel : +TORNVCIOCAST (= Tornucio castrum = bourg fortifié de Tournus) -> en gris : idem légende avers

Commentaires sur l’exemplaire : flan un peu court mais régulier, les reliefs sont bien venus à la frappe, l’exemplaire est ébréché et présente un frai important, ce qui prouvent que cette monnaie a circulée, et ce, bien au-delà des limites géographiques de la cité, puisqu’elle a été découverte fortuitement, au sud du département du Jura (qui faisait autrefois partie de la Bourgogne), au premier trimestre 2011 par un lecteur du blog, qui a contacté le Club Numismatique de Mâcon et sa Région par ce biais, et, m’a cédé cette monnaie.

A la connaissance de M. Desfretier, il s’agit de la deuxième obole aux besants retrouvée ; la première le fût dans les fouilles archéologiques de l’Église de Saint-Clément-lès-Mâcon en 1984, et est aujourd’hui déposée dans les fonds d’archives du GRAT (Groupement de Recherche Archéologique de Tournus).

NB : Si ce type est référencé par Poey-d’Avant pour le denier (Monnaies Féodales de France – tome III, décrit sous le n°5612 page 181, et, illustré planche CXXIX – n°12), le savant ne mentionne pas l’obole, qu’il n’avait donc pas retrouvée.

Il reste une chose que je ne peux décrire ici, au sujet de cette monnaie, c’est l’émotion liée à sa découverte ; mon incrédulité et le « haut-le-cœur » ressentis à l’apparition de cette obole dans la main de l’inventeur. Ces frémissements qui vous parcourent le corps, au point d’en avoir peur d’échapper, et de briser dans sa chute, cet exemplaire si rare, et donc, si précieux pour l’histoire, et qu’il fallait impérativement publier ici.

* les monnaies au nom de Saint Philibert, longtemps attribuées à l’Abbaye de Tournus, se voient aujourd’hui attribuer une origine normande, par les spécialistes.

Une fois de plus, j’adresse mes plus sincères remerciements à M. Desfretier, puits de sciences intarissable, quant à notre numismatique régionale.

Sources :

Monnaies Féodales de France, tome III, de Faustin Poey-d’Avant ; les trois tomes sont téléchargeables gratuitement sur : http://books.google.fr/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Philibert_de_Tournus

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