Articles Commentaires

La Numismatique en Mâconnais » Histoire locale, Monnaies de Macon » Une monnaie rare frappée à Mâcon retrouvée : le « blanc aux écus accostés » au nom de Henri VI de Lancastre, roi de France et d’Angleterre. (1ère partie)

Une monnaie rare frappée à Mâcon retrouvée : le « blanc aux écus accostés » au nom de Henri VI de Lancastre, roi de France et d’Angleterre. (1ère partie)

Par Oleg

Qui est Henri VI de Lancastre, roi méconnu venu d’outre Manche et prétendant au trône de France ?

Henry VI est le fils d’Henry V d’Angleterre et de Catherine de France, fille de Charles VI, roi de France ; il nait à Windsor le 6 décembre 1421.

Lorsque son père meurt, il n’a que dix mois et demi. Une période de régence commence et c’est son oncle, le duc de Bedford, qui administre le royaume d’Angleterre. Le duc de Bedford fait sacrer Henry VI à Paris le 14 décembre 1431, mais il a déjà été proclamé roi de France le 11 novembre 1422. Sous son règne, les Anglais perdent presque toutes leurs possessions en France, ne gardant plus que Calais après la capitulation de Bordeaux le 19 octobre 1453.

Henri VI (anonyme - National Portrait Gallery)

Henri VI (anonyme – National Portrait Gallery)

En 1445, il se marie à Marguerite d’Anjou, à laquelle il abandonne une partie de son pouvoir, atteint d’accès de folie comme son grand-père maternel, le roi de France Charles VI. La perte des territoires français est à l’origine de la guerre des Deux Roses qui débute en 1455 et s’achève par le couronnement d’Édouard IV en 1461 et la fuite de Henry VI et de Marguerite d’Anjou en Hollande.

En 1470, il est remis sur le trône par Richard Neville, comte de Warwick, surnommé « le faiseur de rois », mais Édouard IV le fait emprisonner à la tour de Londres où il meurt le 21 mai 1471, sans doute assassiné.


Circonstances historiques ayant permis la frappe de monnaies anglaises dans les ateliers monétaires du royaume de France :

Nous sommes en pleine Guerre de Cent Ans, le conflit oppose depuis 1337 les rois de France sur le trône et, les rois d’Angleterre, qui prétendent au titre. Viennent alors s’immiscer les Ducs de Bourgogne, qui, ne voyant que leurs intérêts personnels, jouent les chiens dans le jeu de quilles, prêtant leur soutien, d’abord au roi d’Angleterre, puis au roi de France.

Ainsi, les frontières entre les possessions francophones des saxons, et celles du royaume, fluctuent fortement au fil des années, jusqu’à la mort de Charles VI le 21 octobre 1422, où le royaume réduit comme peau de chagrin, se retrouve pris dans un étau, formé par les terres déjà aux mains du roi anglais, et celles du duc de Bourgogne.

Quand, conformément au traité de Troyes, Henri VI de Lancastre est proclamé roi de France, à l’âge de 11 mois, le 11 novembre 1422, aux dépends de son oncle, le Dauphin Charles VII, couronné le 17 juillet 1429, bien que proclamé le 30 octobre 1422, treize ateliers monétaires royaux sont aux mains du roi d’Angleterre ou du duc de Bourgogne, dans lesquels, fort de sa suprématie territoriale, le duc de Bedford régent d’Angleterre fait frappé des « angelot d’or », « salut d’or » et des « blanc et demi-blanc aux écus accostés » au nom et titre de Henri VI roi de France.

Il est à noter que, bien que la guerre de cent ans se termine en 1453, la prétention anglaise sur la couronne de France, figurera encore sur les monnaies anglo-saxonnes pendant près de quatre siècles, jusqu’à la fin du règne de George III en 1820.

 

La région Mâconnaise dans la tourmente :

1422-1435 Henri VI de lancastre - Blanc aux écus frappé à Mâcon (coll-Legey)

1422-1435 Henri VI de lancastre – Blanc aux écus frappé à Mâcon (coll-Legey)

 

Septembre 1422 : Amaury de Séverac (maréchal de France et capitaine général pour le Lyonnais, Mâconnais et Charolais) et Rodrigue de Villandrando (chef d’une compagnie de mercenaires et de brigands d’origine hispanique, intégrée à la compagnie de Amaury de Séverac) prennent Tournus et menacent Chalon sur Saône.

Janvier 1423 : Conférence de paix à Bourg-en-Bresse, avec Amédée VIII de Savoie comme intermédiaire.

24 Septembre 1424 : Saint Léger sous la Bussière est mis à sac, par Jean II de Toulongeon, (baron de Sennecey et maréchal de Bourgogne). Mais Humbert de Grolée (maréchal du Dauphiné) lui tend une embuscade à La Bussière, avec l’aide du comte de Valperga, un Lombard (futur bailli de Mâcon et sénéchal de Lyon en 1435) qui, accompagné de 1500 lanciers et archers, entre en France par Lyon. Ils prennent Mâcon et Toulongeon.

Décembre 1424 : Trêve de Mâcon, entre le duc de Bourgogne et le Dauphin, avec la médiation de la Papauté et du duc de Savoie qui, s’assure que la cité reste « zone franche » depuis la conférence de Bourg en Bresse en 1423.

Janvier 1435 : en Bourgogne le duc défait, à plusieurs reprises, les « écorcheurs » de Charles de Bourbon, à la solde du dauphin, mais ces derniers parviennent à envahir le Chalonnais et le Mâconnais. Le 20 janvier une suspension d’armes est signée entre les deux parties à Nevers.

21 septembre 1435 : Traité d’Arras: en signant ce traité, Philippe III de Bourgogne quitte l’alliance Anglaise et se réconcilie avec Charles VII; les concessions du roi de France sont énormes et humiliantes. Les neuf premiers articles concernent le meurtre de Montereau : Charles VII fait amende honorable, les meurtriers de Jean-sans-peur devront être condamnés, et le roi devra fonder plusieurs établissements religieux.

Article 10 : Charles VII versera 50000 écus d’or, compensation des pertes de la Bourgogne de Jean sans Peur.
Articles 11 à 30 : le Duc de Bourgogne reçoit les comtés de Mâcon, Auxerre, Bar-sur-Seine, Artois, Boulogne, les villes de Péronne, Montdidier, Roye, Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville (rachetables 400.000 écus).
Article 31 : Charles VII doit secourir la Bourgogne en cas d’attaque Anglaise.
Article 32 : Aucune paix séparée ne devra être signée avec l’Angleterre.
Article 34 : Charles VII remboursera les rançons que les accompagnateurs de Jean sans Peur, portaient le jour de sa mort.
Articles 35 à 37 : Abolition et pardon général sur tout ce qui a été dit et fait entre les deux partis…

1435 – 1445 : les mercenaires et autres « écorcheurs » n’ayant plus de batailles à livrer, vont s’installer en Charolais et écumer la Bourgogne, pillant les grandes cités, dont Mâcon à plusieurs reprises en 1437, 1440, et sont repoussés en 1443. Ils seront définitivement défaits par les troupes de Charles VII en 1445.

à suivre…

   Envoyer l'article au format PDF à   

Publié par

Classé dans : Histoire locale, Monnaies de Macon · Mots-Clés: , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

*

15 − huit =