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Une couronne trop tréflée ?

Par Oleg

Analyse et éléments de datation de cette émission :

Ce gros à la couronne tant tréflée n’a pas, à ce jour, de pendant connu provenant d’un des deux autres ateliers bourguignons de Saint Laurent-lès-Chalon et de Cuisery, pourtant tous deux existants, mais probablement en chômage au moment où se gros fut forgé. Cette production est donc purement auxonnoise. Cependant quelques détails nous donnent des indications qui peuvent peut-être nous permettre de ranger chronologiquement cette émission si particulière et absente du Dumas.

Tout d’abord, la couronne au faitage de lis alternés de trèfles, situe ce gros dans les toutes premières émissions d’Auxonne, car ce faitage devint celui de Saint Laurent-lès-Chalon, dès que l’officine chalonnaise forgea des gros, Auxonne modifiant alors sa graphie pour afficher un faitage de lis alternés d’annelets. De plus si l’on observe bien le lis central, son pied n’est pas « barré », cette petite particularité ne se voit que sur les toutes premières émissions auxonnoises, et fût très vite corrigée par un lis « barré » plus standard. L’absence de la marque secrète d’atelier, annelet sous la première lettre du premier mot des légendes d’avers et de revers pour Auxonne, confirme que l’officine d’outre Saône était alors la seule ouverte et donc à produire ce type, d’où l’inutilité de préciser l’origine auxonnoise de ce gros.

Auxonne_1418-1419-01_gros-fdd14-0inédit_3gr10-27mm_couronnetréfflée-et-ptcentreécu_exJCD-CAB416_laurentfabre-vso30-264

Auxonne, décembre 1418 ?, gros antérieur au FDD14-2-1 (14-2-0 inédit), coll de l’auteur

Le point au centre de l’écu n’est en aucun cas la marque de l’origine géographique de cette monnaie, ce point central se retrouve sur bien d’autres exemplaires, et pas uniquement sur les monnaies d’Auxonne, elle ne doit être considérée que comme un repère pour le bon centrage de l’écu dans le coin, d’autant que l’état résiduel de l’exemplaire ne permet pas, je le rappelle, d’affirmer ou d’infirmer la présence d’une marque, besan, étoile ou croissant, à la pointe du dit écu qui pourrait nous confirmer l’atelier qui a fourni ces fers, même si j’ai peu de doute quant à voir là l’œuvre du graveur d’Auxonne tant le style et la police sont similaires aux autres productions de l’officine, La combinaison des ponctuations des légendes, par deux trèfles superposés à l’avers et par deux annelets superposés au revers, seulement connue pour les gros forgés à Cuisery, semblerait indiquer une frappe plutôt contemporaine, certainement légèrement antérieure, à la production cuiserotaine référencée au Dumas FDD14-2-3, certainement dans le dernier trimestre de 1418.

Cuisery, janvier à avril 1419 gros FDD14-2-3, coll de l’auteur

Conclusions :

L’examen de ces détails permet avec un peu de réflexion et de patience de donner une date de production cohérente, mais on ne doit pas écarter l’hypothèse d’une émission extraordinaire (une de plus) consentie par Jean-sans-Peur, peut-être au profit des habitants d’Auxonne suite à l’incendie de la ville en 1418. En effet si j’ai déjà relevé plusieurs délivrances en ce sens forgées à Saint Laurent-lès-Chalon et à Cuisery entre septembre 1419 et 1420 (voir mes articles sur les gros solidaires), aucune ne provenaient de l’atelier d’Auxonne lui-même. Cette hypothèse pourrait expliquer le point au centre de l’écu, voir cette rangée de trèfles dans la couronne, car si la ville fut ravagée par le feu une première fois en 1418, rien n’indique que l’atelier fut touché, et ne fut en mesure de travailler.

Plus encore, même si aucune trace écrite ne nous est parvenue indiquant une émission plus précoce, peut-être sommes-nous en présence d’un « essai » de nouvelle couronne, envisagée pour la différencier, lors de l’attribution de la couronne au faitage de lis alternées de trèfles à l’atelier de Saint Laurent-lès-Chalon, ou d’un exemplaire rescapé d’une petite « pré-série » qui aurait permis de tester la divisionnaire en condition réelle de circulation auprès des habitants de la ville, et obtenir ainsi l’approbation de la population quant à la mise en œuvre en grande quantité d’un tel type, donc une délivrance qui pût être antérieure à celles qui nous sont plus communes et bien décrites au Dumas.

Les archives inexistantes ou disparues laissent beaucoup de questions sans réponses, et je ne manquerais pas de revenir dessus, en cas de découverte d’un nouvel exemplaire peut-être mieux conservé.

A suivre…

Sources :

Coll de l’auteur

Archives OGN Numismatique, vente Alde « Collection d’un amateur bourguignon », 2ème partie, expert Pierre Crinon, juin 2011,

Patrick Guillard Collection

Archives Monnaies d’Antan, catalogue de « Vente aux enchères n°30 », novembre 2021, expert Laurent Fabre

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