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Uzès, Gard au trésor !!! – 3ème partie

par Oleg et Jean Belaubre

 

Un exemplaire de gros de roi de Louis XI frappé à Mâcon entre 1461 et 1463 ?

(NB : dans son étude, l’auteur a omis le numéro d’inventaire de cet exemplaire, ainsi que son poids)

Étude complète du Trésor d’Uzès, publiée par Jean Belaubre, en 1982 dans la Revue Numismatique, 6ème série, Tome XXIV, pages 92 à 154 et planches IX à XII :

Retranscription des pages 122 à 124 :

« …

Mâcon : (1 pièce, N°258 de l’inventaire, poids non communiqué)

 

D/ + LVDOVICVS * DEI * GRA * FRANCORVMRX

R/ + SIT * NOMEN * DNI * ENEDICTVM

Ponctuation par étoiles, point 12ème dans la légende du revers.

 

Nous attribuons cet exemplaire à l’atelier de Mâcon conformément aux textes mais à l’encontre de l’idée généralement admise que cette officine avait cessé de produire peu après le traité d’Arras de 1435. Nous reviendrons plus loin sur cet aspect purement historique. Examinons tout d’abord la pièce elle-même. Son style est très particulier. Au droit s’épanouit en éventail une couronne assez semblable à celle de Perpignan, ne serait-ce un faîtage peu ordinaire : le lis central et les deux trèfles intermédiaires sont remplacés par des feuilles d’ache. En outre, le graveur a piqué un point entre chaque élément floral. Le revers n’est pas moins insolite par sa croix pattée courte, très soignée, proche de celle du gros de roi de Charles VII. Enfin, ce gros, se distingue par le style de certaines lettres comme le B, le E et le О lunaire percé de deux trous ronds.

Pourquoi Mâcon ?

parce que, sous Louis XI, l’atelier de Lyon ne se désignait pas encore avec le point 12e mais avec un trèfle en fin de légende, les 85 gros lyonnais du trésor d’Uzès qui nous sont parvenus en témoignent. D’autre part, leur facture est très différente. Nous écarterons l’hypothèse de Rouen dont on pourrait obtenir le point 15e en rétablissement des trois lettres manquantes de DOMINI : cette manière de compter était depuis longtemps tombée en désuétude ;

parce que, surtout, l’atelier de Mâcon existait toujours « sur le papier » bien qu’il eût été question de le transférer à Lyon en 1415. On sait que la création de l’officine royale entre Saône et Rhône provoqua de vives protestations du Primat des Gaules, jaloux de ses prérogatives monétaires, mais aussi des consuls de Mâcon33 qui conservèrent l’atelier de leur ville aux termes du traité d’Arras de 1435. Celui-ci faisait partie des ateliers royaux dont Charles VII concédait l’exploitation et les bénéfices aux Ducs de Bourgogne pour y monnayer au nom du roi et sous le contrôle de ses officiers.

On sait que ce contrôle demeura lettre morte. Les mandements royaux de 1438 enjoignant aux gardes de Mâcon, Amiens et Saint-Quentin de rendre des comptes restèrent sans suite. Ce document atteste-t-il qu’à cette époque encore, l’atelier qui nous occupe était toujours en activité ? Nous perdons sa trace dans les textes à partir de 1442. On ne parle d’ailleurs plus dans le duché que des ateliers royaux de Dijon et Châlon. Cependant, le Conseil de Bourgogne se plaignait encore en 1445 des manœuvres du roi pour assujettir les monnaies de Dijon, Mâcon, Auxerre, Saint- Quentin et Amiens. En 1455, l’administration de Charles VII mentionne Lyon et non Mâcon dans la nomenclature des marques d’atelier. Dijon y figure également. L’année suivante, par contre, Mâcon se voit confirmer le point 12e. De Lyon et de son trèfle, il n’est pas question. Dès lors, Mâcon existe toujours virtuellement : aucune décision n’intervient pour le fermer officiellement. On le rencontre encore dans la nomenclature des places, où l’on forge monnaie à l’avènement de François Ier — « Mascon ou Lyon » — alors que l’atelier chômait depuis longtemps.

Depuis moins longtemps qu’on ne le pense habituellement : ce gros de roi au point 12e démontre que l’officine fut rouverte au moins un court moment. La politique monétaire de Louis XI peut en fournir la raison : approvisionner en numéraire royal les négociants bourguignons désireux de commercer sur le territoire royal, plus particulièrement à Lyon où les monnaies étrangères étaient pourchassées avec une vigueur particulière34. La situation géographique et juridique de l’atelier de Mâcon se prêtait à l’opération. Proche de l’ancienne capitale des Gaules, il jouissait du statut d’atelier royal et son existence avait été confirmée par des documents officiels récents.

L’émission des gros de roi à Mâcon était donc légale, car conforme aux termes du traité d’Arras. Nous connaissions déjà, sous le n° 1642 du Cabinet des Médailles, un gros de roi frappé à Dijon sous le règne de Louis XI. Ces émissions occasionnelles obéissent à des nécessités économiques et financières imposées par la volonté royale. L’exemplaire présenté ici date vraisemblablement

des premiers temps du règne, avant l’introduction du signe abréviatif de FRANCORVM. On peut donc en situer la frappe entre 1461 et 1463.

33. Cf. Charles Robert, La Monnaie de Mâcon, RN, 1860, p. 462. Dijon, Châlon, Mâcon, Saint-Quentin, Amiens. Cf. de Vienne, Fin du monnayage féodal en France. Monnaies des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1897.  Cf. Alain Guerreau, « L’atelier monétaire de Mâcon 1239-1421 », Annales, mars avril 1974, 29e année, tome 2.

34. Cf. les démêlés des Lyonnais et de l’Administration royale dans Louis Gaillet, « Note sur le paiement des tailles royales à Lyon et la circulation des monnaies étrangères dans cette ville sous Charles VII et Louis XI », Gazette Numismatique, 1908, pp.193 à 199 et « Note sur l’Assemblée réunie à Lyon en janvier 1485 au sujet des Monnaies étrangères », ibidem, 1910, p. 13 à 23.

… »

 

lyon_1461_louisXI_gros-de-roi-mêmes-coins-que-n72-trésor-uzès_cgb-v08-1290

gros de roi de Louis XI frappé à Lyon en 1461 – exemplaire de mêmes coins que le N°72 du Trésor d’Uzès – CGB vso 8 – lot 1290

Une affaire non classée :

Pour moi, le mystère persiste, faute d’image, s’agit-il à coup sûr d’un gros de roi de Mâcon, ou d’un exemplaire de Lyon fauté ? Une chose est sûre, je ne resterais pas dans le doute et vais tout faire pour obtenir, et vous présenter, un cliché recto/verso, et une analyse par un autre spécialiste de mes connaissances, qui permettra enfin, je l’espère de dissiper ce brouillard. Et, s’il s’agit bien d’un gros frappé à Mâcon, sa photo apparaîtra dans la galerie en bonne place, et viendra compléter notre important inventaire, encore trop incomplet pour le Mâconnais.

à suivre… enfin j’espère.

 

sources :

cgb.fr

Le trésor d’Uzès (PDF) :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1982_num_6_24_1826

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